Le Secret, d’Ahcène Hédir

La chronique littéraire n’est pas un exercice que j’affectionne. J’estime que sa pratique est le privilège d’une certaine classe de personnes outillées et motivées différemment du « raconteur » que je suis. Depuis que je suis un écrivain publié, je me suis promis de ne jamais me laisser aller à la critique, même si comme tout le monde, mes analyses et opinions dictent mes lectures et goûts.

Pour être franc, je trouve disgracieux d’exercer une activité et de s’ériger en tant que critique d’autres praticiens du même secteur. Comme toi, j’aime certains livres, j’en abhorre d’autres, j’en trouve quelques-uns surfaits, perfectibles, inintéressants… Je suis un lecteur comme un autre après tout. Mais il était hors de question pour moi de partager mes impressions, lié que j’étais par le serment tacite de l’écrivain ! (Qui me permet, entre autres, de sortir des phrases aussi pompeuses que celle-ci sans rougir).

Mais voilà copine, comme les imbéciles sont les seuls à ne jamais changer d’avis, j’ai décidé de couper la figue en deux et de me lancer, en me promettant de ne parler que des livres que j’ai aimés. Il ne s’agira pas pour moi d’influencer tes lectures ni d’orienter tes achats. Je tenterai simplement, à mon échelle, de rétablir la balance en faveur de ceux d’entre nous qui écrivent par amour de la chose, à défaut de chercher systématiquement la polémique ou, comme s’exprime désormais la gent juvénile, le buzz.

Ahcène Hédir, en plus de partager avec moi quatre des cinq lettres qui composent nos patronymes, fait partie de ces romanciers qui s’effacent derrière leur écriture donc, par amour. Son premier roman, « Le Secret », (paru aux éditions 5 sens en France et aux éditions FCP en Algérie), nous emmène dans l’intimité d’un personnage sibyllin, hanté par un secret qui ne nous sera dévoilé qu’aux toutes dernières pages du roman.

Je m’abstiendrai de verser dans tous les poncifs de la chronique littéraire, à savoir résumer le livre en guise de remplissage (absurde !), ou resservir des éléments que l’auteur aura lui-même fourni en amont. Je vais, révolutionnaire notion, tenter de te parler de mon expérience de lecteur, et uniquement de cela.

Le titre est un outil dangereux si mal affûté. Avec un titre aussi définitif et hermétique que « Le Secret », Ahcène Hédir s’expose à une sentence sans appel, quelle que soit la qualité de la lecture. Le secret en question ne doit pas décevoir, ne doit pas être attendu, convenu ou même logique. Si secret il y a, il doit être bien gardé par la narration, le style, la caractérisation des personnages, les dialogues… Entreprise ardue de laquelle le romancier s’acquitte avec une aisance surprenante, au vu des conditions de départ.

Quel secret porte Vialacant, le protagoniste principal du roman, nouvel arrivant dans un Paris qu’on lui devine très étranger ? Qui donc est Élise, cette enseignante qui aime les fleurs et débauche les croque-morts ? Zaineb est-elle un fantôme, une angoisse du passé, ou bien une menace pour l’avenir de Vialacant ? Jakali, ce passeur jovial, prend-il soin de Vialacant ou l’emmène-t-il dans un périple dantesque ?

Passeur, je n’utilise pas ce mot par hasard, tant les étapes que va traverser Vialacant pour s’établir dans sa nouvelle vie sont éloquentes et criantes de sens. Après le passage freudien quasi-obligé dans tout premier roman, et que les romanciers regardent avec un tendre embarras une fois qu’ils ont quelques livres dans la besace, Vialacant le déraciné continue à s’installer dans sa nouvelle vie. L’ordinaire le dispute au sordide, et l’on perdrait ses aises assez facilement si Ahcène n’avait eu l’intelligence de disséminer des clés de lecture tout le long du roman, tels que ce passage sur la signification d’une fleur qui diffère d’une culture à l’autre, véritable pont servant à mettre le lecteur sur la bonne voie quant aux évènement à venir. Ou alors, cette absence de Vialacant de tout évènement marquant de la vie d’Élise, toujours rapporté par elle après-coup. Tu ne comprends pas copine ? Tu pigeras, j’en suis sûr. À la fin…

L’un des plaisirs de tout roman psychologique, et par extension de toute énigme, est le cheminement de pensée que l’on suit afin d’arriver à la résolution. Tous les éléments sont là pour nous y faire parvenir. Aucun évènement n’est anodin, aucune description superflue. Le rythme lent de la narration est fort judicieux, rendant la mélancolie et l’amertume du protagoniste palpables et contagieuses. Incidemment, le rythme s’accélère lorsqu’il rencontre Élise, pour ralentir à nouveau quand un retournement de situation intervient.

En revanche, le gros inconvénient de ce genre littéraire est qu’il est très difficile de parler du livre sans en déflorer l’intrigue, d’où la relative sobriété de mon compte-rendu. Le secret de Vialacant, je ne vous le dévoilerai pas. Je me contenterai de laisser entendre qu’il réside dans les natures mêmes des personnages, et qu’il convient d’apprécier le travail de caractérisation pour le découvrir.

Comment copine ? Quoi Zaineb ? Oui, j’en ai parlé plus haut… Non, je n’en parlerai plus, ce serait criminel. Tu verras.

« Le Secret », roman sur la dualité, le rejet et l’identité, est au final une captivante lecture qui laisse désireux de voir ce qu’Ahcène Hédir nous réserve pour la suite de sa carrière. Tu peux y aller copine, tu aimeras !

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