Le Dieu de la Tendance

De tous temps, nous nous sommes posé des questions sur la création de l’univers. Oui, je sais, certains d’entre vous ont déjà la réponse… Dieu ! Mais pour nous autres curieux et éternels insatisfaits, les questions continuent de foisonner. Comment existe-t-on ? Qu’est-ce que la vie ? Et évidemment, la plus controversée de toutes : Sommes-nous seuls dans l’univers ?

Je suis un enfant des années quatre-vingt-dix. Cette époque, frontière temporelle entre l’analogique et le numérique, a vu périr l’une des plus fascinantes tendances mythologiques de notre ère : la vague de phénomènes ovnis. « Ayé, il nous a pété un câble ». « Voilà ce que ça fait de trop traîner sur internet, il croit aux martiens maintenant ». « M’étonnerait pas trop qu’il soit devenu raélien… », pourraient faire partie de vos réactions. Pas d’affolement, je m’explique.

J’ai souvent entendu dire que la meilleure preuve de la non-existence des ovnis était le simple fait que, depuis que chacun de nous a un smartphone sur lui, on aurait dû avoir des milliers de preuves photographiques. Il n’en est rien, on attend toujours, ergo, ils n’existent pas. Et c’est bien vrai, question de bon sens…

Mais il y en avait une belle, de preuve, qui nous pendait au nez. Et il n’était pas nécessaire d’attendre l’ère du numérique pour être certain de la supercherie. Cette preuve, c’était tout bêtement le design des ovnis qui apparaissent sur les différentes « preuves photographiques », ou tels que décrits dans chaque témoignage.

Nul besoin de décortiquer les rapports ni d’être expert en montage argentique. Il suffit, tout bêtement, de relier contextuellement les objets décrits ou capturés sur les photos avec les époques auxquelles ils auraient été vus. Les soucoupes des années cinquante/soixante ? Délicieusement rétro-futuristes, avec de belles courbes et des bordures chromées, comme les berlines américaines de l’époque. Les grands vaisseaux des années quatre-vingt ? Lumineux de toutes parts, majestueux, colorés et spectaculaires. À l’ère du néon et de la new-wave, cela allait de soi. Les années quatre-vingt-dix, époque grise du grunge, des X-Files, et de la première guerre du golfe ? Des ovnis anguleux apparaissent, bien noirs, bien discrets, bien « tactiques », et surtout bien visibles sur un ciel bleu, se résumant à trois points lumineux dans l’obscurité.

Il faut rendre grâce aux extra-terrestres pour cette délicatesse. En effet, adapter le look de leurs engins aux tendances occidentales terrestres relève de la plus grande considération. Autant de prévenance de la part de ceux-là mêmes qui venaient nous implanter des antennes dans le fondement, moi je dis : Respect !

Évidemment copain, personne n’est venu nous rendre visite en provenance de l’espace. Évidemment aussi que depuis l’avènement des téléphones portables et surtout, de la retouche photo à outrance, aucune preuve concluante n’a vu le jour.

Déçu ? J’avoue que non. La mystification de soi fait partie de ces notions purement humaines qui nous éloignent d’un éveil pourtant constamment fantasmé. Je pense que croire à un ovni enjoliveur de Cadillac va de soi pour une espèce qui croit encore vivre sous le joug d’un dieu vengeur à la logique punitive.  Parce que ouais copain, on parle de la même mécanique.

Suis-moi, je vais te parler des divinités-mères des anciens temps. Ces temps plus simples où le gros de la survie se borne à chasser sa viande et à se protéger des prédateurs et des caprices climatiques. La séparation des tâches est claire : les hommes, plus forts, plus vifs, et plus « sacrifiables », chasseront. Les femmes procréatrices resteront au foyer pour s’occuper de la progéniture. Imagine un peu copain, ce que le processus de grossesse, puis de naissance représentait pour ces gens. Un miracle, une manifestation magique, divine ! La mère donnait la vie, la couvait, la nourrissait, l’entretenait jusqu’à l’éclosion d’une personne indépendante et fonctionnelle. Sans mères, point de vie. Les mères sont donc des déesses, et notre monde a certainement vu le jour entre les cuisses d’une déesse-mère. Ce qui explique la nature féminine et maternelle de la plupart des divinités créatrices de l’époque.

Petit bond en avant, la tribu s’est agrandie. Les huttes sont plus solides, les armes plus performantes, le produit de la chasse plus abondant. Et même quand le gibier fait défaut, la survie n’en est que superficiellement menacée, car l’humain (plus exactement la femme) a découvert la graine. Oui copain, pendant que l’homme va courser des antilopes avec ses lances garnies de pointes en silex, la femme découvre le pouvoir de la graine, et fait pousser à peu de frais un tout nouveau pan du menu de la tribu. Armé de ce nouvel élément, l’homme ne tarde pas à déduire que sa graine à lui joue un rôle dans la procréation. Il décrète que s’il fournit la semence, la femme de son côté fournit le sol fertile dans lequel la vie germera. Apparait alors une nouvelle forme cosmogonique, celle du dieu mâle qui donne naissance au monde en inséminant une déesse femelle, ou à défaut une représentation de la fertilité. Notons que la divinité maternelle, même si presque toujours présente dans ces mythes, se voit reléguée à un rôle passif, celui du « sol » dans lequel on plante la graine.

La poterie apparaît un jour, comme ça, l’air de rien. Mais au-delà de la possibilité de fabriquer des vases et des urnes et de l’indéniable avantage de stocker sa nourriture, cette découverte provoque une avalanche d’innovations. La brique, le mortier, la forge, la fonderie… En un mot : L’industrie. Et avec elle, une nouvelle séparation des tâches, par secteurs celle-ci, menant l’humanité vers le concept de civilisation tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et, le croirais-tu ? De nouveaux dieux voient le jour. S’ils continuent à inséminer tout ce qui a un vagin, produisant allégrement bâtards et demi-dieux, ce n’est plus comme cela qu’ils créent le monde. Désormais, ils le fabriquent. Le monde n’est plus né en vertu du pouvoir d’une mère, ni de celui de l’accouplement de deux figures divines. Non, il est désormais façonné, usiné, forgé… Le dieu met la main à la pâte et confectionne ciel, mer et terre, sans oublier les animaux et les hommes. Tout est fabriqué par un ou plusieurs artisans célestes, les panthéons n’étant que des schémas ségrégatifs sur lesquels s’appuient encore aujourd’hui nos ministères… mais je digresse.

On peut aussi noter rapidement que l’apparition du dieu unique, dépouillé de son aréopage d’assistants divins apparaît avec l’avènement de la royauté dictatoriale, où un individu s’accapare le pouvoir et refuse de le partager. Comment concilier cette confiscation du pouvoir avec un panthéon divin ? En le supprimant pardi ! Tout comme un roi possédant une cour et des sujets, Dieu navigue désormais en solo, admiré par ses anges (cour) et ses créatures (sujets).

Vois-tu copain, nous souffrons, en tant qu’espèce, d’un irrépressible besoin de réponses. Ces réponses-là s’adaptent à la psyché en constante évolution des questionneurs. Nous les formons comme nous le pouvons, avec les éléments dont nous disposons, et elles évoluent à chaque nouvel apport de données.

Avant de dégainer le chapelet d’insultes, observe la tendance actuelle copain. Nous vivons une ère où la création et le divin sont en passe de devenir le fruit immatériel d’une simulation informatique. Notre monde n’est plus fabriqué, mais calculé et rendu au sein d’un ordinateur cosmique. Cohérent avec notre époque numérique, non ?

Loufoque, dis-tu ? N’importe quoi ? Réaction typique du croyant devant une mutation théologique. Je ne t’en veux pas, tu ne seras plus de ce monde lorsque cette conception que tu redoutes deviendra la norme. Quant à moi, je pense que je ne souscrirai qu’à la notion du divin qui, la première, s’affranchira de la permission humaine pour exister. Permets-moi juste de te dire, copain, que ce qui est ridicule en revanche, c’est quand le besoin impérieux de répondre à une question supplante la constante nécessité de se la poser. Surtout quand la réponse nous pend au nez depuis toujours…

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